Billet d'Humeur

Santé : les algorithmes vous pistent

Santé : les algorithmes vous pistent

Dans un précédent billet j’avais évoqué les dangers que présentait l’application Doctolib pour la confidentialité des données personnelles de santé. Aujourd’hui, cette plateforme a lancé un programme dit de recherche scientifique qui utilisera les informations fournies par ses utilisateurs. Ceci ouvre la question du risque d’une éventuelle vente commerciale des données patients par ce type d’entreprise. Rappelons que Doctolib est toujours en recherche de profitabilité malgré les millions facturés en licences aux médecins et ces données ont beaucoup de valeur pour les publicitaires. Alors ce n’est officiellement pas encore le cas, encore que nous sommes en droit de nous interroger…
Un exemple cité par un patient est inquiétant. Juste après avoir pris un rendez-vous chez un cardiologue qu’il consulte régulièrement directement sur Doctolib, il a reçu de très nombreuses publicités pour acheter un tensiomètre électronique. Bien entendu, si Doctolib est interrogé, il niera l’utilisation de ces données car elles sont normalement protégées par la législation européenne dans le cadre du Règlement général de la protection des données. Il précise explicitement que le ciblage publicitaire sur la spécialité médicale consultée est « en principe interdit sans un consentement explicite ». Cette précision est importante car elle permet de piéger les utilisateurs qui sont confrontés à de multiples demandes d’acceptation peu compréhensibles quand ils consultent un site quelconque sur internet. Il suffit d’avoir cliqué une fois sur oui, y compris par inadvertance, pour autoriser tout à fait légalement l’utilisation de toutes les données que vous fournirez de manière consciente ou inconsciente.
Les algorithmes qui se cachent derrière ces applications constituent un danger majeur dans le domaine de la santé où la confidentialité des données est essentielle pour le lien de confiance indispensable entre le patient et les médecins. Si ce lien de confiance est rompu, il sera très difficile d’assurer un suivi adapté et efficace.
Le patient est ici l’objet et celui qui le manipule via son choix d’application de travail est le médecin. Il est donc de sa responsabilité qui est une obligation déontologique de lui assurer cette confidentialité. Pour cela aujourd’hui, la seule solution est de bannir Doctolib et de remplacer ce service marchand par un outil contrôlé par la Sécurité sociale qui est la base de données appelé Mon Espace Santé.
Lorsque j’ai avancé cette proposition au conseil de la caisse nationale d’assurance maladie, il m’a été répondu sèchement que les médecins n’accepteraient jamais car ce serait nuire à leur indépendance face à la Sécu. Dans la situation actuelle, il faut que les médecins choisissent : soit être liés à une entreprise commerciale dont les serveurs sont contrôlés par Amazon, c’est-à-dire le gouvernement américain, soit travailler avec la Sécu dont ils sont de fait les salariés indirects, même sous leur statut de libéraux. Il en va de leur avenir tant au niveau de leurs relations avec les patients que de la sécurité de leurs conditions d’exercice.

Dr Christophe Prudhomme

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