Fermer encore des hôpitaux ?
Fermer encore des hôpitaux ?
Le député LR Philippe Juvin, rapporteur général du budget à l’Assemblée Nationale, annonce qu’« il faut fermer les hôpitaux où on est mal soigné ». Cette phrase pose plusieurs problèmes car quelle est la définition d’un hôpital où on est mal soigné. Pour ce député, il s’agit en fait des hôpitaux de proximité et son argument est que la faiblesse de leur activité ne permettrait pas d’assurer la qualité des soins. Il s’agit d’une affirmation qui ne repose sur aucune donnée fiable et le contre-exemple est la fermeture des maternités de proximité qui n’a pas amélioré la qualité du suivi des grossesses, bien au contraire. En effet, il énonce que : « on ne fait bien que ce qu’on fait souvent » ? C’est en partie vrai, mais alors dans ce cas son argument tombe car souvent les médecins dans les petits établissements réalisent chacun souvent plus d’actes que ceux exerçant dans les très grandes structures. Ce qui est encore plus contestable est qu’en fait cet argument ne vise pas à améliorer la qualité des hôpitaux mais uniquement à faire des économies.
Le problème avec cet élu est qu’il est aussi médecin. Il devrait donc savoir que la qualité des soins repose aussi sur leur accessibilité et, en tant qu’urgentiste, que des études ont montré qu’il était nécessaire de disposer d’un hôpital doté notamment d’un service d’urgence ouvert 24h sur 24 à moins de 30 minutes d’accès en voiture pour assurer la sécurité des patients. Il s’agit d’un préalable en termes de politique de santé avant toute considération financière. Donc la priorité politique doit être de savoir quelle organisation est la plus adaptée pour répondre à cet objectif. Pour cela, la solution n’est pas de supprimer les hôpitaux de proximité mais de se donner les moyens d’y affecter des médecins dont les compétences seront entretenues pour certains grâce à une activité mixte dans plusieurs établissements, ce qui se fait déjà dans plusieurs pays. Ce d’autant que la gradation des prises en charge existe déjà avec les maladies courantes prises en charge en proximité et les services spécialisés concentrés dans les hôpitaux disposant de plateaux techniques importants comme les CHU.
Enfin, ce qui est le plus contestable dans les affirmations de P. Juvin est qu’il cumule son poste de député avec son emploi de chef de service des urgences d’un grand hôpital parisien et qu’il se targue de sa connaissance du système pour donner des notes aux hôpitaux. Alors je pose une question à ce monsieur pour savoir s’il est bien raisonnable pour assurer le bon fonctionnement de son service et la qualité des soins qui y sont offerts de cumuler ces deux fonctions depuis de très nombreuses années dans le contexte de crise que connaissent les urgences hospitalières ? Pour moi la réponse est claire. Monsieur Juvin a tout à fait le droit en tant que député de proposer ses solutions pour faire des économies dans les dépenses de santé, par contre il n’a aucune légitimité de se prévaloir de sa qualité de médecin pour juger la qualité du travail de ses collègues dans les hôpitaux de proximité.
Dr Christophe Prudhomme
