Mouvement de grève du 11 janvier 2021

Les praticiens hospitaliers donnent le coup d’envoi d’un mouvement de grève illimité

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Praticiens hospitaliers: une grève illimitée engagée lundi à l’appel de plusieurs syndicats

PARIS, 11 janvier 2021 (APMnews) – Une grève illimitée à l’appel du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs élargi (SNPHAR-E), rejoint par plusieurs organisations, a débuté lundi pour dénoncer “l’inégalité créée par les mesures Ségur entre les praticiens, et l’absence de reconnaissance des praticiens hospitaliers [PH] à la hauteur de leur investissement dans l’hôpital public”, ont fait savoir des représentants de syndicats lundi lors d’une visioconférence de presse.

“La colère est assez grande et le suivi du mouvement est massif. Ce mouvement, selon nos retours, est extrêmement suivi, par des PH de tous âges et de toutes spécialités, et est appuyé par les hospitalo-universitaires ainsi que les conférences de commissions médicales d’établissement [CME] d’une majorité d’établissements hospitaliers”, a déclaré Anne Wernet, présidente du SNPHAR-E.

“Ce ne sera pas forcément visible: il n’y aura pas de manifestation vu le contexte sanitaire et le service minimum sera assez maximal car les médecins ne peuvent pas se permettre d’arrêter leurs consultations, vu les retards accumulés, beaucoup feront grève une heure”, a-t-elle rapporté. De plus, “les directions ne nous transmettent pas les chiffres d’assignation”, a-t-elle regretté.

Le SNPHAR-E, syndicat non signataire des accords du Ségur de la santé de juillet 2020, membre de l’intersyndicale Avenir hospitalier et d’Action Praticiens Hôpital (APH), a déjà rapporté la “colère” soulevée chez de nombreux médecins par cette nouvelle grille indiciaire pour les PH (cf APM SL0QL0HVZ). En l’absence de réponse du ministère, il a déposé un préavis de grève illimitée à partir de lundi.

Le SNPHAR-E se dit soutenu par le Syndicat des jeunes biologistes médicaux (SJBM), l’union syndicale APH, le Syndicat national des jeunes anesthésistes-réanimateurs (SNJAR), l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), l’Union fédérale des médecins, ingénieurs, cadres et techniciens (UFMICT-CGT), le Syndicat des médecins réanimateurs (SMR), le Collectif Santé en danger, le collectif Inter-Hôpitaux (CIH), “de nombreux PU-PH, chefs de pôle, chefs de service”, la conférence des présidents de CME de CH et de CHS, la présidence des conférences de CME de CHU.

“Les vacances de poste sont de plus en plus affolantes pour les postes de PH (30% en moyenne, jusqu’à 40% dans certaines spécialités). Nous travaillons avec moins de personnes, ce qui veut dire que l’on soigne plus de patients dans le même temps; on travaille avec beaucoup d’intérimaires, des gens qui se croisent. Nous ne sommes plus centrés sur des projets d’équipes avec un investissement à long terme et c’est préjudiciable pour les soignants et les soignés. La crise sanitaire est venue s’ajouter à ces difficultés. Depuis longtemps, les syndicats demandent que l’hôpital soit plus attractif pour les jeunes qui partent et ne sont pas titularisés”, a rappelé Anne Wernet.

Une mesure qui devait être un progrès pour les plus jeunes (accélération de carrière de 4 ans) exclut les PH déjà nommés. Une autre mesure du Ségur allonge la durée de carrière (accession au dernier échelon) au-delà de 67 ans. “Une enveloppe du Ségur très inégalement partagée entre les PH, quand notre intersyndicale APH avait demandé +2 échelons pour tous et la reconnaissance du temps de travail lors des gardes de nuit”, estime le SNPHAR-E.

“Cela aboutit à une aberration. Il existe un décalage avec deux grilles d’ancienneté. La revalorisation portée sur la fin de carrière ne bénéficiera à personne. Pour les générations moyennes, le Ségur n’a quasiment rien apporté: juste une majoration d’une prime que tout le monde n’a pas. Ironie suprême: les jeunes nommés praticiens il y a entre 1 et 4 ans se retrouvent doublés en termes de salaire par les plus jeunes qu’ils ont formés”, a-t-elle dénoncé.

“Le refus d’octroyer cette accélération de carrière aux PH investis, qui font tenir un hôpital public déliquescent, est signe d’un énième mépris de nos tutelles. Cela crée un sentiment de ne pas être remerciés pour tout le travail effectué.”

Des milliers de recours contestant les arrêtés de reclassement ont été adressés par des praticiens au Centre national de gestion (CNG), a mentionné Anne Wernet.

Christophe Prudhomme de l’Ufmict-CGT a dénoncé la distorsion introduite par les rémunérations en intérim. “Les heures supplémentaires sont moins bien payées que les heures normales”, a-t-il déploré.

La mobilisation est grande et pas seulement au niveau des plateaux techniques, des blocs opératoires et services d’urgence”, a indiqué Hervé Pichon du SNMH-FO, chirurgien orthopédique au CH de Voiron, en Isère.

Selon les calculs fournis par les syndicats, le gain en salaire mensuel s’élève à 872 € au 1er échelon, 592 € en 4e année du 1er échelon et jusqu’au 6e (par la majoration de la prime d’exercice exclusif; 34-44 ans), puis de l’ordre de 300 € à partir du 7e échelon (par la majoration de la prime aussi; 46-54 ans), et 722 € au 11e échelon, 1.140 € au 12e et 1.722 € au 13e échelon (débuté après 36 ans de carrière, soit 66 ans).

Des revendications chiffrées à 440 millions d’euros

Les revendications sont une application rétroactive pour tous les PH des mesures de décompte de l’ancienneté (selon les articles R6152-15 et R6152-17 en vigueur) et une accélération de carrière de 4 ans d’ancienneté pour tous les praticiens nommés avant 2020, à la suite de la disparition des 3 premiers échelons afin de permettre une équité dans une grille salariale unique dans le corps des PH, avec une durée unique de carrière.

Le syndicat demande aussi un accès au dernier échelon autour de 63 ans contre 65-66 ans “dans le meilleur des cas”. Il faudrait travailler jusqu’à plus de 70 ans pour en profiter, a estimé Anne Wernet.

Cela se chiffre à 440 millions d’euros, a-t-elle précisé. “C’est beaucoup, mais c’est bien peu en comparaison aux milliards accordés par l’Etat aux entreprises pendant la crise sanitaire. Ce n’est pas un énorme effort pour reconnaître ceux qui ont travaillé”, a-t-elle commenté.

Le syndicat Jeunes médecins a indiqué rejoindre le mouvement, lundi dans un communiqué, s’inquiétant “d’une grande désillusion des praticiens hospitaliers qui risquent de quitter l’hôpital pour obtenir ailleurs la juste reconnaissance qu’ils méritent”. Il dépose dans le même temps un préavis de grève qui prendra effet à compter du vendredi 15 janvier. “Cette rupture d’égalité entre agents de la fonction publique est inacceptable et a motivé Jeunes médecins à ne pas signer les accords du Ségur de la santé, tout comme à attaquer devant la juridiction compétente les décrets et arrêtés qui y sont rattachés”.

Un courrier reçu d’Olivier Véran lundi matin, jugé “mensonger”

“Notre préavis a été déposé le 14 décembre [2020] et celui du SNMH-FO début janvier. Nous n’avons eu aucun retour du ministère. Seulement une proposition jeudi inacceptable, puis pas d’autre réponse sauf ce matin, un courrier d’Olivier Véran reçu par certains médecins pour dire ce qu’apporte le Ségur comme avantages”, a critiqué Anne Wernet.

“Nous allons analyser le courrier en détail mais il déroule un plan de carrière qui ne correspond pas à celui de 95% des praticiens”, ont estimé les syndicalistes participant à la conférence de presse, parlant d’un texte “mensonger”.

Le ministre des solidarités et de la santé y rappelle qu’un accord majoritaire a été signé dans le cadre du Ségur de la santé avec trois organisations syndicales représentatives des PH. Il y défend que “l’intégralité des praticiens hospitaliers qui a un exercice exclusif voit sa rémunération augmentée”, rappelant la revalorisation à 1.010 € bruts par mois de l’indemnité d’engagement de service public exclusif (IESPE) prévue pour mars et qui a été “anticipée”.

Alors qu’auparavant, les médecins en fin de carrière étaient “bloqués au 13e échelon de l’ancienne grille sans aucune perspective de progression de carrière et de rémunération”, Olivier Véran souligne que les trois échelons supplémentaires donnent “des perspectives renouvelées”.

“Contrairement à ce qui peut être dit, ces trois échelons supplémentaires seront accessibles à l’ensemble des praticiens aujourd’hui en fonction”, écrit le ministre et il conseille aux praticiens de demander des simulations de déroulé de carrière aux directions des affaires médicales.

Il s’appuie sur des exemples illustrant trois profils types de praticiens de début, milieu et fin de carrière, chiffrant respectivement leur gain mensuel à 1.318 €, 517 € et 1.723 €.

Il rappelle en outre des “mesures plus structurantes qui vont permettre d’améliorer l’exercice professionnel à l’hôpital (reconnaissance des valences non cliniques, diversification des modes d’exercice, accompagnement au cours de la carrière…)” et de mieux reconnaître l’engagement institutionnel et territorial. “Ces mesures, largement concertées avec l’intégralité des organisations syndicales, seront publiées au printemps prochain.”

La Conférence nationale des présidents de CME de CH signale lundi après-midi, dans un communiqué, que la motion qu’elle avait diffusée pour dire la “préoccupation majeure et persistante des praticiens hospitaliers concernant la perte progressive d’attractivité de l’hôpital public et les difficultés de fidélisation de ses talents” a été adoptée par 305 CME de CH et CHS. Le recensement auprès des CHU est en attente.

“Il est plus que temps de réduire les écarts de contraintes et de rémunérations entre public et libéral”, demande notamment la conférence. Pour elle, le Ségur a été “un signal important vis-à-vis des hospitaliers avec des moyens financiers d’un niveau jamais engagé depuis de très nombreuses années”, mais cet effort “reste hélas insuffisant”. “Les mesures du Ségur de la santé doivent être amplifiées sans tarder avant que le système ne s’effondre en sortie de crise”, alerte-t-elle.

sl/nc/APMnews

Mouvement de grève : intervention de Patrick Pelloux à la conférence de presse du 11 janvier 2021.

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