Interview par France Info TV et intervention sur France 3 Bretagne Côtes d’Armor du délégué Bretagne Christian Brice (SAS et grève à Saint-Brieuc)
Interview par France Info TV du Dr Christian Brice concernant le SAS dans le cadre de la grève à Saint-Brieuc
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Intervention sur France 3 Bretagne Côtes d’Armor du délégué Bretagne Christian Brice
Évidemment, les médecins continuent de répondre aux appels urgents du 15, mais tout ce qui concerne les petits maux du quotidien est réaiguillé vers la médecine générale. « On ne peut plus faire face », explique Christian Brice, délégué régional de l’AMUF (l’Association des Médecins Urgentistes de France) et ancien chef de service des urgences de l’hôpital de Saint-Brieuc. Il a démissionné de ce poste au 1er octobre pour dénoncer la situation du SAMU.
Le 15, un secrétariat pour la médecine libérale ?
Quand il était ministre de la Santé, entre 2022 et 2023, François Braun avait décidé de réorganiser les urgences et a instauré les SAS (Services d’accès aux soins) pour « mettre rapidement en relation un patient ayant un besoin médical immédiat (mais non vital) avec un professionnel de santé disponible (médecin généraliste, téléconsultation ou orientation vers un service d’urgences) ». Il souhaitait alors désengorger les hôpitaux.
Dans les faits, « on a ouvert un secrétariat pour la médecine libérale au centre 15 », déplore Christian Brice :
Car dans une salle de régulation, tout le monde est bien conscient que chaque minute compte, que chaque seconde peut être vitale. Les médecins ne quittent guère leurs casques et leurs micros, ils sont à flux tendu.
« On demande aux gens de faire le 15, ils font le 15, témoigne le médecin. Les assistants régulateurs reçoivent une quinzaine d’appels à l’heure. Ils les trient en une ou deux minutes, mais derrière, nous avons besoin de plus de temps pour poser un diagnostic, déterminer s’il faut envoyer une ambulance, les pompiers, le SMUR… Parfois, poursuit Christian Brice, on a jusqu’à 10 appels en attente. Les urgences vitales sont noyées. On ne décroche qu’au bout de 25 minutes, voire de 45 minutes comme c’est arrivé cet été. Ça ne marche pas. C’est une perte de chance impensable. »
Et il démontre : une équipe du SMUR qui arrive en retard, c’est un monsieur qui aurait pu être transfusé plus tôt, qui ne serait pas dans le coma… Un AVC pris plus tôt… « C’est difficile pour les soignants, ils savent que les soins seront plus lourds, plus délicats et pour les familles, c’est tout simplement insoutenable de se dire que la mort de son proche est due à un problème téléphonique ! »
Une participation à la régulation obligatoire pour les généralistes ?
La régulation devrait être assurée par les médecins urgentistes et par des médecins libéraux volontaires. Un jour sur deux, il n’y a pas de généraliste, constatent les équipes du SAMU. Le médecin urgentiste doit faire face. Souvent tout seul.
Sur les 250 médecins généralistes du département, seuls une quinzaine participent à la régulation. Christian Brice connaît les difficultés de la profession pour s’organiser, trouver des remplaçants, mais si tous participaient vraiment, ils auraient 1,3 journée de régulation à faire par an. « Je pense que ce serait possible ! » ironise l’urgentiste en reconnaissant un manque de confraternité lié à une certaine exaspération. « Il faut que l’État prenne ses responsabilités, le volontariat ça ne marche pas. » Il en est convaincu, il souhaite que cette participation à la régulation devienne obligatoire.
Sinon, « un jour, il y aura des morts », s’inquiète Régis Pineau, secrétaire général de la CGT de l’hôpital. « Tous les appels arrivent sur le même canal, c’est une aberration. Les temps d’attente avant d’avoir un médecin en ligne sont de plus en plus longs, les chances de survie diminuent de minute en minute. »
Si les médecins sont en grève depuis quelques heures, les assistants régulateurs le sont depuis un an. « Quand les médecins ne sont pas disponibles, on leur demande de répondre et de prendre des responsabilités qui ne sont pas les leurs. Cela fait des années qu’on alerte. Avant c’était compliqué en été, maintenant, c’est toute l’année. On a obtenu quelques postes d’assistants mais le vrai problème demeure, celui du nombre de médecins. »
Tous les deux le savent, les SAMU sont entrés dans une sorte de spirale infernale. Moins il y a de médecins, plus la tâche est difficile et plus la tâche est difficile, moins il y a de médecins. Ils proposent donc de créer un deuxième numéro de téléphone à côté du 15. Un autre numéro pour les appels moins essentiels. « Les gens savent bien qu’ils n’appellent pas toujours pour quelque chose de vital, ils s’excusent de nous déranger, mais ils n’ont pas de réponses… Il leur faut un numéro pour les petits maux du quotidien… »
Car les soignants voient arriver la période épidémique avec angoisse. Celle des grippes, gastros et autres joies de l’hiver ! Dès la semaine dernière, le nombre d’appels a explosé. Ils espèrent donc des réponses rapides de l’Agence régionale de Santé.
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