Les requins de la finance veulent manger les pharmacies
Les requins de la finance veulent manger les pharmacies
Nous sommes nombreux à nous inquiéter de ce qu’on appelle la financiarisation de la santé, y compris un rapport sénatorial qui parle d’une OPA sur la santé. Que cette instance adopte ce type de caractérisation montre que le problème est profond.
Ces dernières années, dans les pays occidentaux et particulièrement en France, des prises de participation financières se sont développées dans diverses activités de soins, cliniques privées, EHPAD, laboratoires d’analyses médicales, centres de santé dentaires et ophtalmologiques et pharmacies. Nous voyons à la manœuvre des opérateurs financiers, notamment des fonds d’investissement entrant dans le capital d’entreprises non cotées en bourse, avec un objectif principal de profit.
Les pharmacies sont un secteur aujourd’hui particulièrement touché du fait de leur potentiel de retour sur investissement très juteux, dû notamment à l’augmentation des soins liée au vieillissement de la population avec une solvabilité assurée par l’Assurance maladie. En effet, il faut savoir que les deux-tiers des dépenses sont le fait des patients bénéficiant du dispositif d’affection de longue durée, donc bénéficiant d’une prise en charge intégrale pour une partie de leurs soins et de leurs médicaments.
Le problème actuel est celui des charges d’investissement de plus en plus lourdes pour les pharmaciens, que ce soit pour l’achat des locaux ou le développement de services numériques. Or l’accès des petites entreprises aux crédits bancaires est de plus en plus difficile, ce qui pousse à rechercher d’autres sources de financement. Et c’est là qu’interviennent ceux que nous pouvons appeler les requins de la finance, dont l’objectif est de s’accaparer la maîtrise de ce secteur par le biais de l’endettement. Cela leur permet de contourner la réglementation française qui impose un monopole de la propriété des officines par les pharmaciens titulaires qui y exercent. Le mécanisme est particulièrement pervers avec un financement par le biais d’obligations convertibles en actions, ce qui permet d’anticiper une évolution de la loi sous la pression de la Commission européenne dont l’objectif est une bascule de la santé vers le secteur marchand.
Le risque majeur est de priver les pharmaciens de leur indépendance professionnelle et de les orienter vers une stratégie commerciale privilégiant les activités les plus rentables et d’abandonner les moins rémunératrices. Nous avons vu ce que donnait la mainmise d’investisseurs à la recherche du profit maximal avec le scandale d’ORPEA.
Nous sommes là face à un enjeu politique majeur. Cette financiarisation rampante vise à mettre à bas notre système de santé solidaire financé par la Sécurité sociale. Des mesures législatives sont urgentes afin de bloquer cette offensive du secteur financier. Il est également nécessaire de se battre au niveau européen pour exclure la santé de ce qui est appelé la « liberté d’entreprendre ». Ouvrir ce débat alors que nous sommes à la veille d’échéance électorales majeures est une absolue nécessité.
Dr Christophe Prudhomme
