Un article de What’s up Doc ? Urgences : on (se) rue dans les brancards

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Urgences : on (se) rue dans les brancards. Entre la grippe et la gastro, c’est un peu chaud

Les épidémies hivernales font exploser le nombre de visites aux Urgences. Comme prévu. Comme l’année dernière, et celle d’avant, et celle d’avant, … Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des Médecins Urgentistes de France (AMUF), a pourtant des solutions.

Entre le 25 et le 31 décembre derniers, environ 11 500 personnes ont été admises aux Urgences pour un syndrome grippal. Les admissions ont presque doublé (+80 %) par rapport à la semaine précédente. Et, comme prévu, les Urgences sont saturées (encore plus que d’habitude).

C’était pourtant prévisible et, peut-être pire encore, c’était prévu ! Le 30 novembre dernier, Agnès Buzyn avait réuni syndicats de médecins libéraux et fédérations hospitalières pour « anticiper la période hivernale » et éviter une « situation catastrophique », récurrente lorsque les hôpitaux doivent faire face aux épidémies hivernales. Elle avait notamment appelé les médecins libéraux à la mobilisation générale, en pointant « l’ouverture insuffisante des cabinets ».

Pandémie !

Pour être totalement honnêtes, il nous faut reconnaitre que les Urgences françaises ne sont pas les seules à souffrir. Le NHS britannique est au bord de l’implosion. Le nombre d’hospitalisations a triplé la dernière semaine de décembre. Les catastrophes se multiplient. Une patiente victime d’un AVC a patienté des heures durant dans une ambulance devant un hôpital, une octogénaire est décédée après avoir attendu la sienne pendant quatre heures. Une pagaille qui a même amené Theresa May, Première ministre du Royaume-Uni, à présenter ses excuses aux patients.

Le Québec, lui aussi, connaît des difficultés. Les durées d’attentes aux Urgences s’allongent à n’en plus finir, notamment à Montréal. Elle sont de 10 heures à l’Hôpital général du Lakeshore, de 23 heures à l’Hôpital général juif, et la palme d’or revient à l’Hôpital de Verdun avec un temps d’attente estimé à… 44 heures, avec un taux de remplissage de 169 % ! À ce rythme, les patients se rendant aux Urgences pour un syndrome grippal seront remis avant même d’avoir consulté.

Travailler plus, mais pas plus longtemps

De retour en France, les solutions envisagées ne semblent pas fonctionner. Agnès Buzyn compte sur la mobilisation des médecins libéraux, tout en précisant qu’elle ne leur demande pas de travailler jusqu’à minuit. Comme si les généralistes avaient des ‘heures de trou’ dans leurs journées de travail…

Et aux Urgences, c’est pareil. « On est déjà en flux tendu normalement, mais pendant les excès d’activité comme c’est le cas en ce moment, ça craque de partout », explique Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des Médecins Urgentistes de France (AMUF), contacté par What’s up Doc« La semaine dernière, une patiente a été prise en charge par le Samu à Montreuil (Seine-Saint-Denis), pour être finalement admise à Brou-sur-Chantereine (Seine-et-Marne) ». À plus de 16 km de son domicile, ce qui fait loin, en région parisienne…

Salariat et centres de santé

L’urgentiste a des solutions, qu’il propose inlassablement depuis des années. « Plus de généralistes en centres de santé, qui seraient ouverts à des heures accessibles pour les patients, c’est à dire de 8h à 21h ; des médecins salariés qui auraient accès à une plateforme technique et administrative, et qui pourraient ainsi consacrer tout leur temps à la consultation, sans autre activité chronophage ».

Il milite également, avec l’Amuf, pour ouvrir plus de services de médecine polyvalente. « L’hôpital ne correspond pas à la demande de santé. Lorsqu’un patient polypathologique de plus de 50 ans se présente pour un syndrome grippal, qui va le prendre ? Le cardiologue pour son problème cardiaque ? Le diabétologue ? L’urgentiste ? Souvent, ils vont se refiler le patient entre les services. »

Attention, sujet sensible

Et pour les déserts médicaux ? Christophe Prudhomme ose lever le tabou de la liberté d’installation pour les médecins, derniers acteurs de la santé à être libre de ce côté. « Il faut réguler l’installation sur le territoire », estime-t-il, en rappelant que les deux tiers de la population sont favorables aux obligations d’installation. « Les URPS défendent un monde en train de mourir, et en contradiction avec les besoins de la population. La médecine libérale à papa, c’est obsolète ».

Avec cette posture, il ne s’est pas fait que des amis. Mais il affirme préférer se faire des ennemis dans la profession plutôt que dans la population. « Il y aura quelques perdants », reconnait-il, « mais je ne pense pas que les jeunes médecins soient concentrés sur leur rémunération. Ils n’ont d’ailleurs pas vraiment l’occasion d’exprimer leur opinion sur ces sujets. Dans le CHU où j’exerce, ils ont plutôt tendance à adhérer à l’idée de la régulation et du salariat », conclut-il. Et vous ?

Retrouvez ci-dessous La Consult’ vidéo du Dr Prudhomme :

Publié le 9 janvier 2018 | Jonathan Herchkovitch | What’s Up Doc le magazine des jeunes médecins