Hospimedia – 06.06.2002 – Les urgentistes prédisent un “chaos” cet été et veulent rencontrer M. Raffarin

L’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (Amhuf) s’est alarmée, jeudi, du “chaos total” qui menace les urgences pour la période estivale et demande à être reçu par le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, avant le 21 juin, début de l’été.

A deux semaines des premiers flux estivaux, “nous sommes dans le même foutoir que l’an dernier avec un manque total d’anticipation : les fermetures de lits ne sont pas organisées, dans certaines zones, on ne sait pas comment on va travailler”, a déclaré à la presse Patrick Pelloux, président de l’Amuhf. “Cette situation devient un scandale pour les patients !” s’est-il emporté, rappelant que certains urgentistes travaillent jusqu’à 90 heures par semaine et parfois 48 heures d’affilée.

“Il nous faudrait 40% d’effectifs en plus soit de 1.000 à 1.500 médecins”, a estimé le Dr Pelloux.

A l’hôpital parisien Necker-Enfants malades, la situation a atteint un seuil critique. Les équipes soignantes ont lancé, jeudi, un cri d’alarme, annonçant d’ores et déjà que le service de réanimation pédiatrique et de néonatalogie “est contraint de fermer plus d’un tiers de ses lits dès maintenant” et que le service de neurochirurgie “se voit dans l’incapacité de prendre en charge toutes les urgences pendant l’été, alors qu’il est le seul à les accueillir en Ile-de-France”.

Si l’été est traditionnellement une période tendue dans les urgences à cause des congés des personnels et de la fermeture de lits qui compliquent le placement de patients, le cru 2002 se trouve aggravé par la grève des gardes des généralistes libéraux et la mise en oeuvre de la réduction du temps de travail (RTT). La grève des gardes, qui dure depuis sept mois, “a indéniablement été une étape de dégradation supplémentaire, à cause de la surcharge de travail et de l’incapacité à gérer une continuité des soins qui ne repose plus que sur l’hôpital”, a estimé François Aubart, président de la Coordination médicale hospitalière (CMH). Goulots d’étranglement “Avec les week-ends sans toubib, le recours aux urgences est banalisé et la population prend de mauvaises habitudes”, a-t-il ajouté.

L’application de la RTT pour les personnels non médicaux vient s’ajouter à la prise classique des congés d’été, obligeant à fermer des lits faute du personnel nécessaire. “Chercher un lit pour un malade après l’avoir pris en charge aux urgences est devenu le sport national”, a ironisé Patrick Pelloux.

L’été se créent “des goulots d’étranglement et les urgentistes le vivent mal parce qu’il n’y a pas de solution”, résume le Dr Aubart. Cette RTT est au coeur du désenchantement des médecins hospitaliers : l’accord a été signé en octobre 2001 avec Bernard Kouchner, alors ministre délégué à la Santé, pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2002, mais les décrets d’application ne sont toujours pas parus. Et ces décrets comportent notamment l’attribution de primes destinées à attirer des jeunes praticiens aux urgences …

L’Amuhf appelle les urgentistes “à appliquer unilatéralement l’accord dès le 21 juin, c’est-à-dire à ne plus travailler que 48 heures par semaine et à se faire payer les dépassements en heures supplémentaires”, menaçant de poursuivre en justice les directions d’hôpitaux dès la rentrée si ce n’est pas le cas. Plus mesurée, Rachel Bocher, présidente de l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH) se donne l’été pour voir ce que va faire le nouveau gouvernement mais prédit “le feu dans les hôpitaux si au 1er septembre si la RTT n’est pas appliquée”. (AFP)

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