Appel d’un Collectif de 100 médecins de la Manche

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Appel  du Collectif des médecins de la Manche pour la défense du SMUR 2

Retrouvez ci-dessous l’appel d’un collectif de 100 médecins du département de la Manche suite à l’annonce de la nouvelle suppression du dernier SMUR secondaire du département au 2 avril 2018. Cela  induit une perte de chance lié aux retards de prise en charge des patients en cas d’urgence.

Une pétition est en ligne ; nous vous encourageons à la signer ici
Communiqué de presse du collectif

Granville, le 12 mars 2018,

Nous souhaitons attirer l’attention, entre autres, sur les conséquences de la fermeture du « SMUR Secondaire » de Granville à partir du 01/04/2018.

Jusqu’en 2016, il existait sur le département de la Manche, un « SMUR secondaire » médicalisé sur l’hôpital de Saint-Lô, de 9h à 17h, à Cherbourg-Valognes, assuré par SOS médecins de Cherbourg 24h/24h, 7j/7, et pour l’hôpital Avranches-Granville 24h/24h, 7j/7, basé à Granville.

Depuis le rapport de la Cour des  comptes pointant l‘irrégularité de la double facturation (enveloppe MIGAC (Mutualisation d’intérêt Général et Aide à la Contractualisation) + facturation aux hôpitaux demandeurs), la situation s’est dégradée avec l’instauration pour Saint-Lô, Cherbourg et Avranches, d’une équipe comportant un infirmier( IDE), accompagné d’une équipe de 2 ambulanciers venant d’une entreprise privée. Cette équipe, nommée T2IH, ne permet que le transport de patients stables et uniquement en journée. Pour Granville, il a été maintenu une équipe médicalisée avec un seul ambulancier, uniquement de 8h30 à 18h30, 7j/7, alors qu’il est évident que l’urgence vitale ne se limite pas qu’aux heures de bureau…

À partir du 02/04/18, la ligne de SMUR 2 de Granville va être supprimée par le directeur de l’hôpital, malgré la décision du Tribunal Administratif de Caen, décision dont le directeur a fait appel auprès du Tribunal Administratif de Nantes.

Le département dispose par ailleurs de 7 équipes indispensables, de « SMUR primaire », réparties sur Cherbourg, Valognes, Saint-Lô, Coutances, Granville, Avranches, Saint-Hilaire.

On rappelle que le département est tout en hauteur et ne dispose que de 2 axes autoroutiers, en limite de territoire (A13 : Caen-Cherbourg ; A84 : Rennes-Avranches-Caen), et qu’il faut pas loin de 2 heures pour le traverser ( Saint-Hilaire à Cherbourg ).

La mission du « SMUR primaire » est d’intervenir à la demande du SAMU ( Centre 15 ), au domicile ou sur la voie publique, pour toute suspicion d’urgence vitale. Celle du « SMUR secondaire » est d’assurer les transports inter-hospitaliers pour les patients nécessitant un examen sur plateau technique spécifique ou présentant la nécessité d’un traitement ne pouvant plus être assuré sur l’établissement demandeur.

La composition d’une équipe revient au régulateur du SAMU (Code de la Santé Publique, articles 6124-13 et 14 ou 63312-28.1). Les médecins sollicités sont alors démobilisés de leur activité au sein des services d’Urgences pour assurer l’intervention de SMUR.

De plus, il est à signaler que le département de la Manche ne dispose pas de salle de coronarographie, de centre de neurochirurgie, de « Trauma Center », de réanimation et chirurgie infantile, de caisson hyperbare, de centre de Grands Brûlés, de centre de Greffes ou de centre d’urgences circulatoires. Ces spécificités obligent à un nombre de transferts importants vers les CHU de Caen ou Rennes, voire Nantes, Brest, Le Havre, Paris, Rouen.

Actuellement, il arrive régulièrement, plusieurs fois par mois, que des « transferts secondaires » soient assurés par des équipes de « SMUR primaire », par manque de disponibilité du « Smur » de Granville et/ou que les T2IIH (transports infirmiers inter-hospitaliers), mis en place depuis 2018 soient déjà occupés, ou que le patient nécessite un transport médicalisé, et ne peut plus prétendre à un transfert infirmier seul.

On assiste alors à des situations telles que :
  • Des « convois » : une équipe de « SMUR primaire » assure le transport de 2 patients en urgence vitale, un dans la première ambulance avec le médecin, l’autre dans un autre véhicule qui suit avec l’infirmier du SMUR, mais quand est-il du matériel qui est réparti entre les 2 patients…
  • Le patient nécessitant une surveillance étroite, par pronostic vital engagé pendant le transport, le « SMUR secondaire » de Granville est actuellement organisé de façon dégradée avec un médecin seul au pied du patient et un ambulancier conduisant l’ambulance, le médecin ne peut alors assurer un arrêt cardiaque seul pendant le transport.
  • Le « SMUR primaire » assure lui-même le transfert et n’est donc plus opérationnel pour une urgence vitale dans son secteur, son secteur est alors couvert par les SMUR environnants avec une perte de chance pour le patient en détresse vitale car le délai d’intervention est alors souvent supérieur à 30 minutes… Quant au médecin qui est resté seul dans le service d’urgence d’où est parti le SMUR, il doit prendre en charge, les patients des urgences, ceux de médecine générale, l’UHCD ( l’Unité d’Hospitalisation de Courte Durée ) et les réanimations bien sûr, avec augmentation des délais de prise en charge, car il ne peut plus être sur tous les fronts…
  • Que penser des transports « longue distance » vers le service des grands brûlés vers le CHU de Nantes ou le CH de Percy, qui mobilise une équipe pendant 4 à 6 heures ?

La politique de l’ARS, qui déclarait en 2017, dans son projet régional de santé,  « la priorité est à la reconstruction du CHU de Caen, tous les moyens étant mobilisés pour cet objectif », n’est pas faite pour rassurer la population de la Manche et de l’Orne.

Qu’en est-il par ailleurs de l’enveloppe MIGAC pour financer le « SMUR secondaire » ?

Cette situation inquiète au plus haut point les professionnels de santé, et probablement la population quand le message sera passé. L’attractivité des jeunes urgentistes est également impactée s’il existe une perte de chance d’un département à l’autre ; il sera dangereux pour eux de venir s’installer dans un département où il existe un manque de moyens par rapport à un département voisin où il existe pléthore d’effectifs et de plateaux techniques. Ces décisions de fermeture de services indispensables à une médecine de qualité ne peuvent ainsi qu’aggraver la désertification médicale que subit le département notamment en terme de médecins spécialistes (urgentistes mais aussi cardiologues, anesthésistes, gynécologues, rhumatologues, chirurgiens etc.).

Qui souhaite travailler dans ces conditions ?

Avec la fermeture de la ligne de SMUR 2 de Granville, le défaut de prise en charge, conduisant à une perte de chance lors d’un risque vital, est majeur, compte-tenu des difficultés d’assurer le transport d’un patient d’un lieu sur un service hospitalisé adapté à sa prise en charge optimale.

Il s’agit là, à nouveau, d’un défaut d’égalité de soins sur le territoire departemental, régional et même national puisque nous sommes le seul département de cette taille (que ce soit en terme de km2 comme en terme de population) sans plateau de coronarographie mais aussi bientôt sans SMUR secondaire.

Le collectif de médecins de la Manche

 

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