Le Monde – 16.01.2009 – Patrick Pelloux Zébulon à l’hôpital

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Figure des médecins urgentistes, il s’est révélé au grand public pendant la canicule de 2003. Depuis, il est omniprésent dans les médias.

Le président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf) Patrick Pelloux, récemment muté au Samu de Paris, le 09 octobre 2008, à l'hôpital Necker à Paris. Syndicaliste passionné et ardent défenseur de l'hôpital public.

 

Prononcez le nom du docteur Patrick Pelloux dans la communauté médicale et vous aurez des réactions épidermiques : rejet ou enthousiasme. Pour ses détracteurs, c’est « celui qui déclenche chaque été et chaque hiver une grève des urgences », qui « annonce des morts tout le temps » et qui veut « faire sauter les ministres de la santé ». Pour ses défenseurs, cela devient « un homme de terrain qui dérange parce qu’il sait de quoi il parle », un « militant de l’hôpital public », un « révolté généreux » Dites que vous préparez un portrait et, dans les heures qui suivent, le ministère de la santé sera au courant et vous conseillera un interlocuteur. Pour mieux comprendre le personnage, il faut se contenterdu « off », pour que ceux qui ne le supportent plus « vident leur sac ». L’urgentiste le plus connu de France, qui fut, en août 2003, le premier à dénoncer le drame de la canicule, multiplie les déclarations – « à l’emporte-pièce » pour les uns, « en appuyant là où ça fait mal » pour les autres – sur les difficultés de l’hôpital, sur la médecine libérale qui aurait abandonné la permanence des soins.

Il est allé jusqu’à réclamer, le 25 décembre, la démission de Roselyne Bachelot après la mort d’un enfant dans un établissement parisien. La déclaration de trop ? Certains de ses amis l’ont engueulé :« Ça fait désordre et amateur. » Lui assume, jure que rien n’est prémédité, que « ça vient des tripes »« Ce qui s’est passé à Noël est le miroir de tous les dysfonctionnements de l’hôpital. Il aurait fallu un coup de tonnerre, un geste fort de la République. »

De multiples rumeurs ont circulé à son propos. Il serait « un sous-marin du Parti socialiste« « un témoin de Jéhovah »« le conjoint d’une journaliste de Libération« , ce qui expliquerait son large accès aux médias. Tout est faux. Le revers de son exposition publique. Tel Zébulon, il est partout. A la radio (chez Morandini sur Europe 1), à la télévision (« Journal de la santé » sur France 5), dans la presse écrite (chronique dans Charlie Hebdo), invité sur les plateaux d’émissions people dès qu’il sort un livre, même si l’ouvrage n’est pas bon, comme son dernier Urgences pour l’hôpital (Le Cherche Midi, 198 p., 14 euros, 2008).

Peu de toubibs et encore moins de syndicalistes hospitaliers sont aussi connus que lui, ce qui suscite forcément quelques jalousies. C’est qu’il a du bagout, le docteur Pelloux, une gueule sympathique, un franc-parler, de l’humour, bref c’est un bon client pour les médias. Résultat : on a parfois le sentiment que l’hôpital se résume aux urgences. « On ne peut pas accepter un syndicalisme aussi outrancier », s’insurge un praticien hospitalier. La canicule a transformé l’urgentiste en « quasi-héros national » et cela en fatigue plus d’un. « Les journalistes qui ont besoin d’un sujet rapide et qui veulent du sensationnalisme sur l’hôpital filent aux urgences », constate le député socialiste Jean-Marie Le Guen.

Il a des airs de Balavoine le petit gars de Seine-et-Marne qui jouait de l’accordéon dans les bals ; et la comparaison lui plaît. « Je suis un gamin de Coluche et de Balavoine », dit-il. Benjamin d’une famillede quatre enfants, éternel délégué de classe « défenseur des causes perdues dans la cour de récré », il a grandi entre un père kiné et une mère au foyer. Sa vocation de médecin est née devant la télé, en « admirant » Bernard Kouchner qui défendait l’action de Médecins sans frontières.

Les urgences sont devenues toute sa vie. L’anti-routine, le travail en équipe, tout ce qu’il aime. Dix ans avant la canicule, il s’était déjà passionné pour la gestion des afflux massifs, liés à un événement climatique, en consacrant sa thèse de médecine aux conséquences des pluies verglaçantes de l’hiver 1993. « J’ai le souvenir d’un excellent médecin et confrère, d’un garçon très entreprenant et plein d’idées« , témoigne le docteur Philippe Héricord, ancien chef de service des urgences de Saint-Antoine, qui le fit venir à ses côtés en 1993.

Lorsqu’il crée, en 1997, l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), Patrick Pelloux « comprend très vite qu’il faut s’attirer l’intérêt des médias pour faire bouger les choses », se souvient M. Héricord. L’AMUF sort les urgences de l’ombre, décroche pour ces médecins, alors soutiers de l’hôpital, un statut, un salaire décent et des postes. « Les urgentistes lui doivent beaucoup, avant on était la dernière roue de la charrette », raconte son ami, son « frère », le docteur Laurent Cazenove. « Les professeurs hospitaliers n’ont pas supporté tout cet argent mis dans les urgences », résume un bon connaisseur du monde médical. « Patrick sait attirer l’attention sur des sujets dont tout le monde se fout », estime Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo.

Patrick Pelloux fonce, au risque de se brûler les ailes. En septembre 2008, il a vécu l’un des plus douloureux moments de sa vie professionnelle. Il a dû quitter le service des urgences de Saint-Antoine à Paris, son fief depuis quinze ans, le lieu de tous ses combats, devenu, depuis la canicule, le passage obligé des ministres de la santé. « On n’a jamais pris en compte ses qualités humaines et professionnelles, on l’a jugé pas fiable, moi j’aurais aimé qu’on le nomme chef du service », explique Edouard Couty, ancien directeur des hôpitaux au ministère.

Sa mutation au SAMU de Paris est loin d’être déshonorante. Mais « on ne peut plus le filmer en blouse blanche ou dans un service hospitalier mais seulement dans un bureau ou dehors, c’est un changement d’image », se réjouit un membre du cabinet de Roselyne Bachelot. Qui ajoute sans détour : « Pelloux c’est un ado qui, parfois, a besoin de baffes. » Elle a été lourde, celle qu’il a reçue lors d’une réunion de service à Saint-Antoine, avant l’été. « On en a marre de toi »« t’as mauvais caractère »« tu me parles comme un chien », lui ont assené des membres du personnel médical. Il s’est levé, est parti, a envoyé des SMS pour annoncer qu’il allait démissionner de l’hôpital public face à cette « cabale »« C’est vrai que ça m’a foutu par terre, personnellement, c’est un échec total », concède-t-il.

On l’a raisonné, il est resté et a accepté d’aller au SAMU. Sa réaction à fleur de peau montrerait sa fragilité. Ceux qui rêvent de le voir s’effacer de la scène médiatique en profitent pour dire qu’il « va mal », qu’il « dérape », qu’il est « limite dépressif »« Sa pipolisation est une fuite en avant. Il recherche ailleurs que dans la sphère médicale sa quête de légitimité », analyse un syndicaliste hospitalier.

« C’est un humaniste, un médecin qui dérange le pouvoir, on a besoin de ces gens-là », martèle son ami Christian Olivier, chanteur du groupe des Têtes raides. Un habitué de la sphère politico-médicale résume : « Pelloux est ingérable. » Sympathique, attachant, mais trop manichéen.

Parcours

 

1963
Naissance à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne).1993
Intègre le service des urgences de l’hôpital Saint-Antoine à Paris.1997

Création de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF).

 

2003
Il sonne l’alarme sur l’hécatombe provoquée par la canicule, en août.

2008
Muté au SAMU de Paris, en septembre.

Décembre 2008
Réclame la démission de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot.

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